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CÉLÉBRER LES PLAISIRS SENSUELS

VALÉRIE MARCOUX vmarcoux@lesoleil.com

« Il y a de beaux moments où elle dit que, rien que par le regard, elle arrive » à faire l’amour. — Catherine Ringer, en parlant d’Alice Mendelson

Du temps des Rita Mitsouko, la rockeuse française a fait déborder le parc de la Francophonie avec son complice Fred Chichin lors d’un concert au Festival d’été de Québec en 2003. Catherine Ringer revient maintenant chez nous pour faire découvrir la poésie érotique d’Alice Mendelson.

« Il y a de beaux moments où elle dit que, rien que par le regard, elle arrive à faire l’amour » , rapporte Catherine Ringer au sujet de la poétesse de 98 ans.

Professeure de français devenue conteuse à sa retraite, Alice Mendelson a toujours écrit, mais n’avait jamais publié avant que l’ex- Rita Mitsouko donne voix à ses poèmes dans le spectacle

L’érotisme de vivre repris au Grand Théâtre de Québec ce samedi 16 septembre.

Dévoilée en 2021, cette production a initialement été créée pour une soirée carte blanche organisée par un théâtre français dans le but de se remettre financièrement sur pied après la pandémie.

Catherine Ringer a d’abord demandé à son ami Mauro Gioia de faire la mise en scène de ce qui devait être un récital de poésie, mais l’artiste italien a tout de suite imaginé ce spectacle comme un « film sonore » et poétique.

Pour Giogia, il était « vital » qu’il y ait de la musique jouée et improvisée en direct. L’artiste a donc invité le pianiste et compositeur Grégoire Hetzel à embarquer dans cette aventure. C’est avec lui que Catherine Ringer partage la scène dans ce spectacle.

« Grégoire Hetzel est un compositeur de musique de film. Il est très content de jouer sur scène, car ce n’est pas quelque chose qu’il fait d’habitude », fait valoir la chanteuse.

Le trio a mis quelques poèmes de Mendelson en chanson alors que d’autres sont déclamés.

« J’ai trouvé qu’elle avait une simplicité, une beauté et une vibration facile d’accès, qui parlent au coeur et à l’esprit en même temps », commente Catherine Ringer.

« Certains poèmes parlent vraiment d’amour et de sexualité, mais aussi d’autres choses : de lumière, de joie de vivre, de savoir être heureuse avec des petites choses » , ajoute-t-elle.

Les poèmes de Mendelson ont été publiés en 2022 après une représentation de L’érotisme de

vivre dans un théâtre associé à une maison d’édition.

Par le passé, des éditeurs lui avaient déjà proposé de publier sa poésie sensuelle. La poétesse avait refusé, car elle ne voulait pas mettre de l’avant le caractère érotique de ses poèmes.

« Après, elle a regretté. Elle m’a dit : “C’est drôle, parce que finalement, c’est quand même ça” » , rapporte l’interprète.

JOIE À TOUTE ÉPREUVE

Les poèmes sélectionnés ont été écrits sur plus de 70 ans et célèbrent les plaisirs sensuels de la vie.

« C’est merveilleux une poésie qui passe de 1947 à 2021 ! » s’enthousiasme Catherine Ringer. « Elle ne parle pas de la même chose dans les poèmes qui datent des années 50, où elle écrit sur son amour physique avec son amant, que dans d’autres, écrits beaucoup plus tard, où elle est en maison de convalescence. C’est quand même très différent, mais il y a toujours cette joie de vivre, cette passion pour la vie, pour la lumière et les mots », observe-t-elle.

Dans sa poésie, Mendelson parle du « vice de la joie », une quête de plaisirs qui ne se laisse pas freiner par la tristesse ou la nostalgie.

« Pouvoir se réjouir tout en ayant des difficultés, qu’on soit jeune ou vieux, c’est ça le vice de la joie » , résume Catherine Ringer.

Avec la complicité de l’historien Laurent Joly, la poétesse née en France en 1925 de parents juifs a récemment fait paraître un second ouvrage : Une jeunesse sous l’Occupation.

« [Laurent Joly] est un spécialiste de cette époque », précise Catherine Ringer.

Celui- ci a eu accès à des dossiers concernant l’occupation de la France par l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale qui sont devenus accessibles il n’y a pas si longtemps, explique l’artiste.

« Il a contacté [Alice Mendelson] parce qu’il a retrouvé les lettres de dénonciation qui ont fait que son père a été arrêté. Elle devait être arrêtée elle aussi avec sa mère, mais elles se sont cachées, aidées par un policier… des histoires terribles comme il y en a à toutes époques », se désole la chanteuse dont le père, également d’origine juive polonaise, a aussi été déporté pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Il y a eu vraiment des choses très difficiles quand on a été occupé par les nazis », évoque la Française qui a eu la chance de voir son père revenir contrairement à Mendelson.

La poétesse était d’ailleurs une amie de Sam Ringer. De son vivant, le peintre n’avait jamais présenté son amie à sa fille.

«Je l’ ai rencontré suite à son décès pour un peu, vous savez, évoquer les morts qui nous manquent… » , conclut Catherine Ringer.

ARTS ET SPECTACLES

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2023-09-16T07:00:00.0000000Z

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